Hommage à Jacques Barathon et Daniel Reynaud

Afin de rendre hommage à Jacques Barathon, chef de chœur, compositeur thouarsais, décédé en 2003 et à l’initiative du Chœur de Chambre des Deux-sèvres, des chœurs originaires du Poitou-Charentes ont souhaité enregistrer certaines de ses compositions et harmonisations.
Les titres choisis pour cette occasion sont une partie de son œuvre très appréciée des nombreux ensembles vocaux qu’il a dirigés et du public.
Ces enregistrements sont disponibles sous la forme d’un double CD. Renseignez-vous auprès du chœur.

« Petite étude d'après l'adoration des bergers de Hugo Van der Goes* »


« Du murmure des prés dans la clameur du monde »
Marie-Christine Salomon (textes), Anne Koppe (flûte), Jacques Barathon (piano)

 

Petites Nativités, poèmes de Daniel Reynaud, musiques de Jacques Barathon

Nativité avec portrait de la donatrice en bas à gauche

Les bergers puent le suint et les rois sentent l'or,
Mais c'est l'odeur du foin qu'on respire d'abord.
Le pétrole n'est pas encor né dans les lampes.
L'enfant sommeille là pendant que c'est dimanche,
On parle du tiercé dans le bruit des cafés.
Joseph le charpentier pense à ses échéances,
A son fils plus parfait que le bois d'olivier.
Et sa femme Marie qui lave quelques langes
Partage ses soucis avec deux ou trois anges.

Histoire simple

Jean-Juste le cordonnier ne baillait plus aux corneilles
parce depuis la veille
Un ange dormait dans l'escalier roulé dans ses ailes.
Il venait de Bethléem, de la part d'un charpentier
Qui voulait faire clouter d'étoiles ses vieux souliers,
Pour mieux marcher dans le ciel.

Avant Cène

C'est en mangeant la parole, qu'on a partagé le pain,
Son voyage est aussi blond que la jeunesse du temps.
Des archanges minuscules vivent des miettes tombées
Et l'alouette chante haut le pur grégorien des hommes.

Joseph revient de la boulange

Joseph revient de la boulange un pain de quatre entre les mains.
L'enfant illumine la grange et tête sa mère à deux seins.
Ah ! Nom de Dieu, c'est le bordel qui s'installe chez les humains,
Tandis qu'un archange a des ailes achetées au bazar voisin
A l'enseigne de l'arc en ciel et qu'il neige sur le matin.

Petite Nativité

Le toit de l'étable fume.Un mage pèle une orange.
La colombe apprend aux anges, comment se lisser les plumes.

Il fait beau sur la Judée.

Les troupes d'occupation manœuvrent dans la contrée.
La femme du charpentier vaque à ses occupations,
Son mari est au village parti chercher de l'ouvrage.
Pensez donc un nouveau-né, même fils de Dieu, ça coûte.

Crèche entre Vibrac et Saint-Simon

La toute première fois, c'est dans cabane de vignes,
Monsieur, que l'enfant cria.
Et pour être fils de Dieu,ce fut
vagissement d'homme face au monde déjà vieux.
Ah ! Tant mieux si sur la terre aussi ronde qu'un melon
Un petit pauvre est le frère du cœur lourd que nous portons,
lesté du sommeil des pierres.

Berger perclus devant la crèche

Le dernier à être arrivé c'est un vieux joueur de vielle,
investi d'un instrument de solitude éternelle.
Dans l'enfance de la paille, l'auréole lui sourit,
et la bourrache du ciel est sa tisane filante.

Petite étude d'après
l'adoration des bergers de Hugo Van der Goes

L'enfant dort poings sur la bouche.
Les moutons bêlent.
L'âne a du miel au fond des yeux.
Le bœuf rumine le vent qui passe par la fenêtre.
La peinture me reconstruit, disiez-vous,
Poussant le geste à vous oublier devant sa réalité à elle,
Pendant plus de soixante années.
Entre les draps de la paille, la jeune accouchée sommeille.
C'est dur de pousser hors de soi un morceau sanglant du ciel.
Joseph s'est mis à ronfler.
Bonne nuit, monsieur
Bram van Velde*
vous pouvez vous reposer.
Autour des feux, le peuple des bergers
protège votre sommeil, et bon début d'éternité.